Introduction
Coucou, ça fait un certain temps que je n’ai pas posté. Pas mal de choses ont fait que je n’ai pas pu poster. Mais je reviens avec l’analyse d’un manga que j’ai lu récemment, il m’a vraiment bouleversé. J’ai englouti les 8 tomes en 4 jours. Dans ce post je vais partager ma vision sur pas mal d’aspects de Fire Punch, le premier manga écrit (pour changer) par Tatsuki Fujimoto. Je vais aborder l’œuvre plus sans particulièrement expliquer l’histoire, donc il est fortement conseillé d’avoir lu le manga ou du moins le connaître dans sa globalité pour apprécier/comprendre cette analyse.
Mise en contexte
Dès les premières pages du manga, il nous est expliqué que le monde a été plongé dans une ère glaciaire à cause d’une certaine “Sorcière de glace”. Il existe aussi des humains doués de pouvoir surnaturel qu’on appelle “élus”. Notre protagoniste Agni réside dans un village avec sa sœur Luna, c’est un élu capable de régénération rapide et on comprend assez vite que les villageois se sont résolus à manger de la chair humaine pour survivre. Ils profitent donc de la faculté de régénération d’Agni qui fait don de ses membres (coupé au préalable par sa propre sœur à coups de hache) au villageois. Malgré la famine, Agni et Luna vivent une vie simple et ont de quoi vivre heureux. Malgré certains penchants… euh… incestueux de Luna.

Cette planche appuie l’absence de valeur sociale, la morale est presque anecdotique, les villageois sont déjà réduits à leur état le plus primitif pour avoir à manger de la chair humaine mais la morale n’est pas indispensable à la survie, alors on penche vers des interdits sociétaux.
Puis, un jour, pendant qu’Agni chasse du chevreuil, il voit un avion passer au-dessus du village. Ce sont des soldats revenant d’une bataille, ils viennent se servir dans les maigres provisions du village. Doma, le leader ordonne donc à ses hommes de fouiller les maisons. Sans surprise, les villageois se retrouvent méprisés car ils sont réduits à être cannibales pour survivre et pris pour des sauvages. Doma, se considérant comme supérieur à ces barbares se considérant comme un élu. Il décida de brûler le village grâce à son pouvoir qui lui permet de brûler n’importe quel être vivant jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Mais notre protagoniste, grâce à (ou à cause) de sa faculté de régénération survit à ce massacre en voyant sa sœur ainsi que tout le village brûler sous ses yeux impuissants, tandis qu’il est condamné à subir des flammes qui le rongent en permanence. Ensuite, il va se tordre de douleur 8 ans durant en ne pensant qu’à une seule chose : “Venger sa sœur en traquant Doma”. C’est là que commence vraiment Fire Punch.

La place de la religion
La religion est un thème assez important dans l’œuvre, elle est au centre de beaucoup de sujets et amène à réfléchir. Pour un peu de remise en contexte, on est dans un monde dévasté par une ère glaciaire, l’humanité n’en a plus pour longtemps et, surtout, elle ne sait plus à quoi se raccrocher.
Un monde où la morale est oubliable à cause d’un retour à un état primitif des civilisations pour assurer leur survie. Plus rien n’a de sens. La vie est absurde, alors pourquoi vivre ? La religion apporte des réponses à ce “pourquoi” et c’est ce qui est utilisé pour gouverner les foules, elle sert à apporter la cohésion pour le “bien” collectif. Du moins c’est ce qui est dit par ceux qui la façonnent. Dans Fire Punch on a cette notion de religion fallacieuse qui gouverne les masses.

Par exemple, quand Agni libère les prisonniers et les consommables à Behemdolg. La première idée qui leur est venue en tête c’est qu’un miracle est arrivé et que cet homme est une divinité. Une idée qui rassure par son manque de fondement. Agni est un dieu venu libérer les opprimés et si son corps brûle c’est par son pouvoir divin, ici les prisonniers ne se demandent pas “comment” mais uniquement “pourquoi”. Dans un monde où le rationnel n’est plus, le fait de se demander “pourquoi” leur apporte non seulement une cause, mais aussi une raison d’être. Vivre pour “seigneur Agni”.
Car en effet, le “pourquoi” apporte une explication (fondée ou non) à un fait tandis que le “comment” explique la cause du “pourquoi”. On a donc le “comment” qui apporte une explication réfléchie d’un fait qui vient en contradiction avec le “pourquoi” qui apporte une hypothèse pas forcément fondée afin d’expliquer un fait.

Comme le souligne très bien Togata avec une pointe d’humour : Agni n’est pas ce que les gens prétendent, l’image du “seigneur Agni” n’est qu’une interprétation complètement irrationnelle façonnée par des hommes dont la vie est dénuée de sens.
Peu à peu, les gens bâtissent un culte autour d’Agni, le hissant au rang de divinité. Ironiquement, il finit par incarner exactement ce qu’il a toujours détesté. Sa “religion” devient un outil de manipulation pour certains, menant inévitablement à des tragédies, comme celle qu’il a vécue avec la mort de sa sœur et la destruction de son village.
La déshumanisation du protagoniste
On retrouve là un Agni prêt à tout pour protéger sa “soeur”. Le problème est que ça en arrive à un niveau obsessionnel où ça le rend très antipathique et psychopathe. On le voit très peu sourire à part quand il parle à Luna. Cette obsession se remarque notamment quand il apprend que Luna n’est pas complètement en sécurité car le groupe d’hommes qui les ont précédemment menacés est capable de représailles, c’est alors que pendant la nuit il s’immole la face afin de se transformer en Fire Punch, se déroule alors un massacre sans précédent dont il ne se souvient pas. C’est comme si Fire Punch était une autre facette de sa personnalité: sans pitié, assoiffé de sang. En se réveillant il se rappelle de son “objectif” initial : Sauver une femme faite prisonnière. Mais il se remémore que sa survie l’importe peu, finalement seul Luna compte. Cette constatation souligne son manque de remords évident.

Son côté psychopathe s’explique aussi et surtout par sa manière de manipuler les autres, on est clairement dans la tête d’un déséquilibré à ce moment dans le manga. Par exemple, son effet de régénération fonctionne parfaitement bien, mais il continue de se couper le bras à la hache à chaque fois qu’il doit retourner au camp pour que ses camarades ne remarquent rien. Même sa manière d’être avec les autres est fausse. Intérieurement il est vide, on sent clairement que son passé lui pèse.

C’est quand même plutôt compliqué de faire rentrer Agni dans des cases car il a beau paraître comme un psychopathe à certains moments, on voit vraiment qu’au fond il est resté le même, il se cache juste derrière une carapace. La seule chose qui le rend heureux, c’est de voir les autres heureux car il est persuadé de ne pas pouvoir vivre trouver le bonheur. Et il se hait car il est devenu ce qu’il a toujours haï jusqu’à présent, voire pire.

Après tout, Agni est juste un homme simple qui veut vivre normalement mais il n’en a jamais eu l’occasion et les seuls moments où qui l’ont rendu heureux étaient en vivant avec sa sœur. Et c’est sans doute pour ça qu’il fait une fixette sur elle, car il souhaite une vie simple. On remarque que Fujimoto a le même procédé avec Denji dans Chainsaw Man : un adolescent perdu qui souhaite vivre simplement.
La transidentité dans l’oeuvre
Une fois que Togata a aidé Agni à fonder son culte autour de Fireman, un des fidèles du seigneur ayant comme pouvoir de lire dans les pensées vient annoncer à Agni qu’il a lu dans les pensées de Togata. Il a trouvé utile d’expliquer (très maladroitement) à Agni qu’il pense que Togata se joue de lui, qu’elle le considère comme son outil et que c’est intérieurement un homme. Mis à part les suppositions sur si elle manipule Agni ou non, la manière du fidèle d’exposer la transidentité de Togata montre très clairement le manque de sensibilisation sur le sujet. Il le dit comme si ça allait appuyer son argumentation alors qu’en réalité ça n’a juste rien à voir. Et ça va très sérieusement fâcher Togata comme on le voit par la suite, puisqu’elle fugue.

Je trouve ce passage plutôt intéressant car dans un monde où l’humanité est réduite à ses besoins primaires, les gens ne prennent pas le temps de s’attarder sur ce qui n’est pas important pour leur survie. Car depuis l’ère glaciaire, la technologie a régressé tout autant que les mentalités.
(Petit exemple des mentalités moyenâgeuse)

Alors, au vu d’un problème social aussi complexe que la transidentité, c’est alors normal que Togata se sente seule car elle est l’une des seules à hériter de l’ancienne civilisation.
C’est d’autant plus triste pour Togata car elle est forcée de vivre dans un corps de femme. Pourquoi? À cause de sa faculté de régénération, elle n’a jamais pu se faire opérer, elle est donc condamnée à s’auto-convaincre d’être ce qu’elle n’est pas. Et ça ne se limite pas à ça, c’est pour elle une souffrance d’être considérée comme une fille car c’est l’apparence physique qui définit un individu (au premier abord). On constate que la situation de Togata est similaire à celle d’Agni, Agni veut seulement vivre une vie normale mais n’est absolument pas normal, destiné à être idolâtré comme un dieu de par son apparence physique. Tandis que Togata est condamnée à être socialement considérée comme une femme alors qu’elle voudrait être un homme. C’est vraiment super intelligent d’avoir pensé à ça, c’est un sujet très peu souvent abordé (du moins je ne connais pas de manga abordant la transidentité) et il est abordé de manière habile grâce au pouvoir de Togata.
Par ailleurs, je trouve cette scène plutôt amusante, elle témoigne de leur caractère enfantin et c’est notamment en partant de cette scène que les deux vont commencer à se rapprocher.

Le cinéma dans Fire punch
Fire Punch me fait penser à Goodbye Eri sur certains points. Premièrement: la mise en scène. En effet, l’introduction de Togata est présentée à la manière d’un “vlog” ou d’un “found footage”, on comprend immédiatement à sa manière de parler et au plan fixe des planches que le lecteur a le point de vue de la caméra.

Mise à part les plans, Togata est la personnification de l’amour de Fujimoto pour le cinéma, en quelques sortes. Il parle de sa passion depuis le personnage de Togata, autant dans les dessins que dans les dialogues. Sans cinéma, la vie de Togata n’a pas d’intérêt, sa vie est vide, vide de sens. Alors tout au long de l’œuvre, elle manifeste sa seule raison d’être: le septième art. Et ça se voit par la réalisation de son film autour de Fireman.

Aussi, tout au long du manga, Togata nous fait des références cinématographiques, que ce soit Matrix ou bien Spiderman.

Mais encore et surtout, le paradis est symbolisé par un cinéma. Et la mort de Togata y est grandiose grâce à ça. Car dans toutes les œuvres de Fujimoto on a une place particulière du cinéma. Par exemple Goodbye Eri qui est clairement un hommage à celui-ci, ou encore dans Chainsaw Man avec la scène du cinéma entre Denji et Makima. Ici dans Fire Punch, la symbolique est centrale: le paradis est une salle de cinéma sans fin et on y visionne sa vie.

En plus d’avoir une fin touchante, la dernière planche l’est tout autant : elle vient renforcer cette symbolique du cinéma. On a l’impression d’avoir suivi toute la vie d’Agni à travers le prisme d’un film. Et quand tout s’arrête, c’est un peu comme à la fin d’une séance : les lumières se rallument, tout le monde se lève, un sourire aux lèvres, encore marqué par ce qu’il vient de vivre.

L’humour dans Fire punch
Malgré son côté sérieux, Fire Punch sait faire rire avec de l’humour gras, notamment grâce à Togata et son comportement obscène. Son humour colle plutôt bien à celui du tonton beauf un peu misogyne. Qui plus est, mentalement Togata se considère comme un homme, ce qui colle aussi bien mieux à cette image qu’à son apparence physique.
Dans l’œuvre, l’humour nous est plus familier étant donné qu’il fait plus occidental (comme beaucoup des influences de Fujimoto, notamment concernant le cinéma). Et ça fait du bien car j’ai un peu de mal avec l’humour japonais.

Conclusion
Pour conclure cette analyse, j’ai franchement beaucoup aimé Fire Punch et son rapport à la religion, les personnages de Fujimoto paraissent très humains de par leurs imperfections et ça fait du bien. En ce qui me concerne, je pense avoir fait le tour de ce qui m’intéressait vraiment chez Fujimoto. J’ai pu m’attarder récemment sur Naoki Urasawa, l’auteur de Pluto, Monster ou encore 20th Century Boys. Une de ces œuvres sera peut-être sujette à une prochaine analyse. Qui sait ?
Concernant mon rythme, je ne suis sûr de rien, j’oscille entre motivation et procrastination. Néanmoins, je pense déjà avoir une idée de quoi parlera la prochaine analyse !
